Deux textes du 31 mars 2021, et un seul qui porte la méthode
La méthode de calcul du DPE n'est pas dans l'arrêté de certification. Elle n'est pas non plus dans l'arrêté qui décrit le contenu du rapport. Elle est dans un troisième texte, et c'est la première distinction à tenir avant de réviser.
Deux arrêtés portent la même date du 31 mars 2021. Le premier, relatif au diagnostic de performance énergétique pour les bâtiments à usage d'habitation en France métropolitaine, dit ce que le DPE doit contenir : identification du bien et de sa surface de référence, quantités d'énergie par usage, classement, étiquettes, recommandations. Le second, relatif aux méthodes et procédures applicables au diagnostic de performance énergétique et aux logiciels l'établissant, dit comment ces quantités sont calculées. C'est celui-là qui porte la méthode.
Son article 2 est d'une brièveté trompeuse : la méthode 3CL-DPE 2021 « est définie à l'annexe 1 du présent arrêté ». Toute la méthode tient dans cette annexe : dix-huit parties, du calcul des déperditions de l'enveloppe aux données climatiques mensuelles par zone. Son titre exact est « Méthode de calcul 3CL-DPE 2021 (Logements existants) », et cette parenthèse borne son champ : la méthode s'applique aux logements existants.
L'article 3 du même arrêté ajoute une contrainte d'outil : les logiciels qui établissent les DPE sont validés par le ministre chargé de la construction selon une procédure d'évaluation définie à l'annexe 2. Un DPE n'est donc pas produit par un tableur, et l'article 4 impose sa transmission à l'Agence de la transition écologique par ce même logiciel validé.
Cette méthode n'est pas une lecture facultative : elle est nommée dans le programme de l'examen théorique. L'annexe III de l'arrêté du 20 juillet 2023, au b de son § 2.1 consacré à la thermique du bâtiment, range parmi les connaissances exigées « les principes de calcul d'une méthode de calcul réglementaire, les différences pouvant apparaître entre les consommations estimées et les consommations réelles ainsi que leurs sources, notamment la présence de scenarii conventionnels ». Cette fiche traite exactement cet item.
Ce que « conventionnel » signifie, écrit par la méthode elle-même
La méthode s'ouvre sur la justification de son propre principe, et cette justification est la réponse à la question la plus posée sur le DPE. Elle mérite d'être lue dans le texte plutôt que résumée.
« Prenons le cas d'une maison individuelle occupée par une famille de 3 personnes, la consommation de cette même maison ne sera pas la même si elle est occupée par une famille de 5 personnes. De plus, selon que l'hiver aura été rigoureux ou non, que la famille se chauffe à 19 °C ou 21 °C, les consommations du même bâtiment peuvent significativement fluctuer. Il est dès lors nécessaire dans l'établissement de ce diagnostic de s'affranchir du comportement des occupants afin d'avoir une information sur la qualité énergétique du bâtiment. »
Les quatre conventions structurantes du calcul
La partie 1 de la méthode énumère les « principaux critères caractérisant la méthode conventionnelle ». Ce sont quatre hypothèses, et elles suffisent à expliquer l'essentiel des écarts entre un DPE et une facture.
La première porte sur le chauffage : en présence d'un système de chauffage autre que les équipements mobiles et les cheminées à foyer ouvert, toute la surface est considérée chauffée en permanence pendant la période de chauffe. L'article 2 de l'arrêté « DPE habitation » l'énonce dans les mêmes termes, appliqué à la surface de référence.
La deuxième porte sur le scénario de température : les besoins de chauffage sont calculés mensuellement à partir de degrés-heures en base 19, pour des météos représentatives des huit zones climatiques. Les degrés-heures somment, sur toutes les heures de la saison de chauffage, l'écart des heures dont la température extérieure est inférieure à 19 °C. Deux corrections y sont intégrées : une inoccupation de sept jours en décembre, et un réduit de température à 16 °C pendant la journée en semaine.
La troisième porte sur l'eau chaude sanitaire : le besoin est forfaitisé selon la surface du logement et la zone climatique, avec là encore une semaine d'absence comptée en décembre.
La quatrième porte sur le refroidissement : les besoins sont calculés mensuellement sur les périodes où la température extérieure dépasse 28 °C.
| Poste | Convention retenue par la méthode 3CL-DPE 2021 |
|---|---|
| Surface chauffée | Toute la surface est conventionnellement chauffée en permanence pendant la période de chauffe (hors équipements mobiles et cheminées à foyer ouvert) |
| Température de calcul | Degrés-heures en base 19 °C, avec réduit à 16 °C en journée la semaine |
| Inoccupation | 7 jours en décembre (dernière semaine) |
| Eau chaude sanitaire | Besoin forfaitisé selon la surface et la zone climatique, une semaine d'absence en décembre |
| Refroidissement | Calculé sur les périodes où la température extérieure dépasse 28 °C |
| Usages calculés | Cinq : chauffage, eau chaude sanitaire, refroidissement, éclairage, auxiliaires |
Le scénario d'eau chaude sanitaire, et l'adulte équivalent
La forfaitisation de l'eau chaude sanitaire repose sur une grandeur intermédiaire propre à la méthode : le nombre d'adultes équivalents. Cette grandeur n'est pas invisible pour le lecteur du rapport : l'annexe 11 de l'arrêté « DPE habitation » impose d'y faire figurer le « nombre d'occupants conventionnel du logement (Nadeq) », arrondi à l'entier inférieur et supérieur le plus proche, sous la forme « 2-3 personnes ». Ce qui n'y figure pas, c'est le calcul qui la produit.
La méthode retient un besoin journalier moyen de 56 litres par personne à 40 °C pour le comportement conventionnel, contre 79 litres pour un comportement dit dépensier, soit environ 40 % d'écart entre les deux profils. Le logement est conventionnellement inoccupé sept jours par an, du 24 au 30 décembre inclus, et le mois de décembre compte donc 24 jours d'occupation.
Le nombre d'adultes équivalents ne se déduit pas du nombre réel d'occupants : il se calcule à partir de la surface moyenne d'un logement, par un coefficient d'occupation maximal noté Nmax. En logement individuel, Nmax vaut 1 en dessous de 30 m², suit une droite entre 30 et 70 m², puis 0,025 fois la surface moyenne au-delà. En logement collectif, les bornes sont 10 m² et 50 m², et le coefficient au-delà vaut 0,035 fois la surface moyenne. Au-dessus de 1,75, la conversion en adultes équivalents est amortie : elle n'ajoute plus que 0,3 adulte par unité supplémentaire.
Ce coefficient ne descend jamais en dessous de 1 et il croît moins vite que la surface. C'est la cause mécanique du biais dit de compacité : en maison individuelle, le plancher s'applique dès que la surface moyenne passe sous 30 m², de sorte qu'un logement de 15 m² et un logement de 29 m² se voient attribuer le même besoin annuel d'eau chaude sanitaire, réparti sur des surfaces du simple au double. Le besoin d'ECS ramené au mètre carré augmente donc à mesure que le logement rétrécit, et il pèse sur un indicateur qui, lui, est exprimé par mètre carré.
Huit zones climatiques, trois tranches d'altitude
Les sollicitations climatiques ne sont pas relevées : elles sont tabulées. La partie 18.1 de la méthode énonce que « les sollicitations climatiques sont représentées par huit zones climatiques H1a, H1b, H1c, H2a, H2b, H2c, H2d, H3 », et une table d'affectation attribue une zone à chaque département de France métropolitaine, Corse comprise.
À la zone s'ajoute l'altitude, en trois tranches : moins de 400 m, de 400 à 800 m, 800 m et plus. Les données mensuelles (température extérieure, ensoleillement, température d'eau froide sanitaire, degrés-heures) sont fournies pour chaque combinaison de zone et de tranche. La température extérieure de base, utilisée notamment pour estimer la puissance nominale d'un générateur dont la puissance n'est pas connue, en dépend directement.
| Zone climatique | Moins de 400 m | De 400 à 800 m | 800 m et plus |
|---|---|---|---|
| H1a, H1b, H1c | − 9,5 °C | − 11,5 °C | − 13,5 °C |
| H2a, H2b, H2c, H2d | − 6,5 °C | − 8,5 °C | − 10,5 °C |
| H3 | − 3,5 °C | − 5,5 °C | − 7,5 °C |
Pourquoi un DPE ne reflète pas la facture, et pourquoi le texte le dit lui-même
L'écart entre consommation calculée et consommation facturée n'est pas un défaut du DPE : c'est une conséquence assumée de son principe, et la méthode l'écrit noir sur blanc.
Elle relève d'abord l'écart de scénario : « tout écart entre les hypothèses du calcul conventionnel et le scénario réel d'utilisation du bâtiment entraîne des différences au niveau des consommations ». Un logement inoccupé six mois par an, un occupant qui se chauffe à 17 °C, une famille de cinq personnes dans 60 m² : aucun de ces cas n'existe dans le calcul.
Elle relève ensuite l'écart de connaissance : « certaines caractéristiques impactant les consommations du bâtiment ne sont connues que de façon limitée », et elle en donne trois exemples (les rendements des chaudières, qui dépendent de leur dimensionnement et de leur entretien, la qualité de mise en œuvre du bâtiment, et le renouvellement d'air dû à la ventilation).
S'y ajoutent trois conséquences structurelles du calcul conventionnel. La consommation d'eau chaude sanitaire est fonction de la surface, pas du nombre d'occupants. Un espace non habitable chauffé (un garage, un sous-sol) est traité dans le DPE comme un espace non chauffé, la méthode imposant alors de mentionner ce point dans le rapport au titre de la justification des écarts entre factures et consommations conventionnelles. Enfin, les parois donnant sur un bâtiment autre que d'habitation sont aussi considérées comme déperditives.
Le rapport lui-même comporte un dispositif dédié à cet écart : l'arrêté « DPE habitation » impose une évaluation de l'impact d'un comportement vertueux sur le montant des dépenses énergétiques, calculée précisément par différence entre le profil dépensier et le profil conventionnel.
Ce qui est exigible à l'examen, et ce que cette fiche ne fait pas
Ce qui se révise ici est un raisonnement, pas une table de valeurs. Savoir que la méthode est conventionnelle ne suffit pas : ce qui est évaluable, c'est de pouvoir dire quelle convention produit quel effet, et donc quel écart avec le réel est attendu plutôt que suspect.
Les valeurs numériques par défaut de la méthode (coefficients U des parois, ponts thermiques linéiques, rendements de génération) ne sont pas reprises dans cette fiche. Elles occupent l'essentiel de l'annexe 1, elles varient selon la période de construction et le type d'ouvrage, et une valeur isolée sortie de sa table est plus dangereuse qu'utile. Elles se consultent dans le texte.
Cette fiche décrit une méthode de calcul en tant que connaissance exigible. Elle n'indique pas comment conduire un relevé sur un bien, ne se substitue pas au texte et n'est opposable à personne. L'examen pratique, qui consiste depuis le 1er janvier 2026 en un diagnostic complet dans un bâtiment ou une partie de bâtiment « réel ou aménagé », en présence d'un examinateur, n'est pas couvert par ce site.